L'Anglais à l'école : Autopsie d'un faux-problème

24 mai 2013
Le débat sur l'enseignement en Anglais, qui agace tant nos politiciens, me laisse avec un certain sourire aux lèvres. Voilà bien un révélateur de la fin du monde d'avant, selon l'expression de Franck Biancheri...Je voudrais simplement ici relever le quotidien d'un pauvre technologue de base:
  • L'essentiel de ce que je lis pour mon activité professionnelle est en Anglais,
  • La quasi totalité des nouveautés que je dois prendre en compte sont décrites en Anglais,
  • Près de la moitié des mots de la langue anglaise sont d'origine française, rendant la langue très facile à apprendre pour nous. Certains mots ont même fait des allers-retours (là, il doit y avoir une ennuyeuse règle d'accord pour "aller-retour" dont je ne me souviens plus...) tel que "manager" qui vient de "ménager" et que nous imaginons comme un anglicisme alors que c'est un authentique francissisme (là, je viens d'inventer un mot, ce qui n'est pas bien en Français),
  • Il n'y a pas d'Académie Anglaise qui serait l'homologue de l'Académie Française, dans laquelle quelque dogme serait édicté quant aux bonnes manières. Je travaille parfois à la Commission Européenne et je peux vous garantir que l'Anglais qu'on y parle est compris par tous, sauf par les Britanniques. Il est émaillé de racines latines, on y dit "to abandon" au lieu de "to give up", et cet anglais de cuisine, qui ne fera jamais littérature, est, tel le latin du bas moyen âge, juste un truc bien pratique et pas fatiguant,
  • Comme je lis mes documents professionnels en Anglais, lorsque je veux rédiger une synthèse, il est beaucoup plus facile de la faire dans la même langue. Ce qui m'oblige à la retraduire en Français pour ceux que ça dérange, tout en me rendant coupable, dans une période de crise, d'une activité totalement improductive et largement ennuyeuse,
  • Bien que nettement plus beau, le texte Français est généralement 30% plus long, induisant une mise en page et une consommation d'espace que l'on devrait réserver à la philosophie et à la poésie, et sans doute pas à mes équations qui, quoique utiles, ont une qualité littéraire limitée,
  • Une publication en Français n'est jamais lue, nous privant d'un marché gigantesque par pur dogmatisme.

Suis-je un mauvais Français? En même temps que je massacre sans complexe la langue anglaise comme l'artisan le fait de son outil le plus courant, j'écris, en Français, des nouvelles, je traduis, en Français, des textes pour wikipedia. Les défenseurs de la langue en font quel usage, de cette langue qu'ils prétendent défendre en l'isolant?

J'ai envie de dire aux tenants de la loi toute mauvaise (en Français, on fait aussi d'amusant jeux de mots), que je ne connais qu'une explication à ce débat: l'âge (on ne s'en lasse pas). Qu'a-t-on à faire des notices techniques tellement mal traduites qu'il faut se référer à la version anglaise pour monter l'étagère? Une langue "de plus" n'est pas une langue "à la place". Un récent commentaire d'un américain vivant à Paris était édifiant.. Il se plaignait que, malgré ses progrès en Français, il avait du mal à perfectionner son oral car la plupart des gens trouvaient plus facile de lui parler en Anglais. Il faut dire que le Français, c'est un peu comme le violon: mal joué c'est insupportable, alors que l'anglais c'est un peu comme la guitare, il n'en faut pas beaucoup pour plaire aux filles. Constatant que sur ce sujet, comme sur de nombreux autres, le peuple est largement en avance sur ses pauvres élites en perdition, il serait bon que nos politiciens arrêtent de se battre, par "twit" (à traduire par "gazouillis") sur les sujets des années 70 pour s'intéresser aux sujets de demain, c'est à dire à l'apprentissage de l'Espagnol et des langues d'Asie, histoire de ne pas reperdre une bataille qui n'a jamais eu lieu.

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