Mon équipe est à l'ouest, et à l'ouest ...rien de nouveau

22 juil. 2013
Mon équipe est à l'ouest, et à l'ouest rien de nouveau Depuis que l'Ouest se sent coursé par l'Est dans la course à la domination économique, le discours pro-innovation occupe nos hommes et femmes politiques. Mais, après une décennie de peine industrielle, les héros de l'économie sont parfois fatigués. D'autant que le discours ambiant, sur l'innovation, masque surtout un besoin de créativité, cette matière première sans laquelle il n'y a rien de nouveau possible. Il existe des psychologues qui s'interrogent sur les conditions de l'émergence de la créativité dans un groupe humain, mais je voudrais ici prendre un point de vue...historique.. Prenons quelques lieux de notre histoire où la créativité s'est développée d'une manière importante: La Florence de la Renaissance, le Paris de la fin du XIXème.. Qu'y observe-ton? 

  • Une présence de jeunes gens plutôt pauvres et ripailleurs 
  • Une densité d'artistes importante
  • Une apparition de technologies nouvelles que la génération d'avant ne maîtrise pas
  • Une connection commerciale forte avec l'étranger
  • Un affaiblissement du pouvoir des conservateurs
  • Une caste de mécènes qui dépense de l'argent pour leur gloire future 

 La recette de l'équipe non créative est donc un groupe de personnes installés socialement, ne portant aucun intérêt à l'art, travaillant avec des technologies éprouvées et sans surprise, sans coopération avec d'autres équipes, avec un chef reconnu et connu, et qui serait payée par des actionnaires rassurés par la prédictibilité des performances à court terme. Si c'est une équipe de recherche publique, cela donnerait une équipe avec peu de doctorants, avec des coopérations de bas niveau, ayant à sa tête un mandarin reconnu et qui serait payé par les subventions aveuglée d'une collectivité locale. Du contraire vient peut-être le succès, qui à mon avis ne va pas se démentir de si tôt, des sociétés de recherche sous contrat. Mais peut-on recréer les conditions de la créativité dans un environnement réglé par des processus rassurants..Je vous propose six recettes pour tenter de faire un miracle: 


  • Soigner les jeunes, surtout si ils sont bizarres: outre le fait qu'ils ne coutent pas cher (surtout avec les mesures fiscales incitatives), ils sont généralement faciles à satisfaire du moment que vous leur proposez de montrer qu'ils sont plus malins que ce que tous leurs professeurs leur ont dit. Même si ce qu'ils tentent est un échec, cela donnera plus que tous les impossibles des fruits de l'expérience. Le jeune doctorant, pourvu peut-être qu'on choisissent le plus déconseillé par les RH, vous fera à peu près l'effet de l'adrénaline: au début on est débordé (voire paniqué quand les allumettes jouent avec les enfants) mais en suite on y prend gout.. Il ne faut pas négliger les qualités Kamikaze de l'innocence: d'abord elle peut dire tout haut une évidence inattendue qui vous fera réfléchir tout en créant un inconfort salvateur chez le personnels créaticides, ensuite, n'ayant généralement pas prévu de prendre sa retraite en écoutant le discours de votre successeur, il ne prévoit probablement pas de rester. Il ne supportera donc pas très longtemps les longues histoires de rivalités qui ont conduit dans les flammes de l'enfer technique bien des projets initialement bien montés, et finira par les mettre sur la table du café.
  • Faire de l'art: Il ne fait pas oublier que "techne" en grec, qui a donné le mot "technique", veut dire "art". Il faut faire. Les budgets serrés poussent à théoriser, à modéliser, à projeter. Seulement ce n'est pas comme cela que l'on créé. J'ai eu la chance de commencer à travailler à une époque où il y avait de gros programmes de recherche. Si je sais aujourd'hui "comment ça marche?" c'est parce que l'on m'a donné du temps pour apprendre à faire. Il faut que vos équipes jouent avec des prototypes. Les Fab Labs, les ateliers flexibles, sont une bonne chose car une idée doit se condenser sur un objet concret. Autoriser un coup de sonde, avoir un atelier de bidouillage partagé est vital pour développer le talent et faire apparaître les idées car celles-ci viennent autant de la main que de la bouche, quand au cerveau... je ne sais pas. 
  • Accueillir des nouveaux outils: Sans les quelques fous qui ont défendu la peinture à l'huile on aurait encore de la peinture à l'eau à la merci du premier lessivage.Pour trouver les nouveaux outils et les accueillir le plus vite possible, il suffit d'observer les geeks, dont le nom vient du bas-allemand "fou bizarre" et vous en aurez plus qu'il n'en faut. Il est inutile d'attendre la visite des commerciaux pour se doter de l'outil qu'ils vendront dans 3 ans. Il suffit de regarder. Et si vous n'avez pas compris comment les jeunes travaillent en mode collaboratif, vous allez encore longtemps vous demander pourquoi ils ne lisent pas vos emails. Il est amusant de voir que les outils qui furent, à un moment, nouveaux, vous mettent un jour au coeur d'un sandwich qui fait que les plus jeunes utilisent autre chose et les plus vieux ne s'y sont pas encore mis. C'est la malédiction du sandwich innovant. Ainsi, si vous envoyez un email à un jeune, il le verra après un sms ou bien un message sur le chat. Si vous l'envoyez à un plus vieux, il l'ouvrira la semaine prochaine si son antivirus périmé le lui permet. 
  • Voyager: On a pas inventé le mouvement perpétuel et ce ne sera jamais avec l'argent de la génération d'avant qu'on fera travailler la génération d'après en espérant que ses prélèvement sociaux permettront de payer les retraites qui servent à les payer eux-mêmes. Ne cherchez pas c'est un viol de principe thermodynamique et on ne peut que très temporairement y contrevenir. Pour gagner des sous, il faut que des clients situés à l'extérieur de votre système économique vous en donne. Sinon on tourne en rond. Là aussi, demander à la nouvelle génération ce qu'il pense du marché international revient à peu près à demander à un poisson ce qu'il pense de l'eau. Comprendre les besoins et les attentes de l'Asie ou de l'Amérique du sud est sans doute la clef d'une Europe tournée vers son avenir. Donc engager des actions à l'international vous donnera une fraicheur nouvelle. 
  • Occuper les créaticides: Si vous n'êtes pas créatifs, c'est peut-être parce qu'il y a, quelque part, un abominable conservateur qui maugrée "ça marchera pas j'ai essayé en 1963 avec une règle à calcul". Il faut l'occuper. Il adorera sûrement faire une note de synthèse sur l'évolution des technologies de 1940 à 1985 (après il a décroché). C'est extrêmement utile. Il peut faire ce que personne d'autre ne peut faire, mettre sur du papier (ou sur un wiki pour les plus sympathiques) toutes les relations des causes aux effets qui sont la première chose que le turn-over dissout. 
  • Trouver des mécènes: Eh bien oui, le processus de créativité est dissipatif et son rendement est faible. Pour récolter il faut semer et toutes les graines ne germeront pas. Cela veut dire que c'est cher. Comme le disait fort justement un de mes anciens chefs, "on va faire des pertes, on leur dira que c'est stratégique". L'un des freins à la créativité est sans doute le financement de l'innovation qui est généralement attribué par des commissions dont on a pas toujours pris soin de vérifier si leurs membres avaient, ne serait-ce qu'une fois, déposé un brevet. Certes, ce n'est pas le seul indicateur, mais le financement public est parfois aveugle. Le financement public, ce n'est pas Cosme de Médicis. Il n'a pas de feu sacré, pas de désir. On ne claque pas son argent sans désir, sans envie de savoir, de voir l'objet qui sera réalisé. Le financement de la créativité ne peut pas être, avec succès, un processus administratif. Dans l'air frais de San Francisco tournent encore aujourd'hui un peu de l'esprit des Médicis. C'est cela qu'il faut, et cela est difficile, créer. Ainsi un bon partenariat d'intérêt, une JVC, un GTE, entre plusieurs entreprises, peut sans doute lancer un développement technologique pour le bien commun, sans pour autant faire des dossiers à n'en plus finir.

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