Deficit d'innovation? Une explication darwinienne

29 janv. 2014
Parfois, on entend ici et là des plaintes de directions générales ou bien de DRH sur le déficit d'innovation de leurs équipes. Mais comme souvent, ceux qui se plaignent des effets sont les responsables involontaires des causes. 
Dans les années 90, les entreprises ont lancé de vastes programmes de reingénierie et de restructuration de leur fonctionnement  au moyen de processus. La R&D n'y a pas échappé. L'idée, au demeurant vertueuse, était de réduire les défauts, d'améliorer l'image vue par le client et, en augmentant la productivité, d'améliorer les marges.
Après plusieurs "générations", cette structuration stricte, renforcée par l'implantation des technologies de l'information (ERP) qui en amélioraient le suivi, a conduit à favoriser les plus ordonnés et les moins brouillons des salariés. Par sélection naturelle et en réponse à l'environnement, si on se réfère aux profils de personnalité de Jung, on retrouve une surreprésentation de profils à fonctionnement conservateur puisque le profil dit "SJ", qui représente déjà 40% de la population humaine, fait parti des profils adaptés à un fonctionnement très règlementé. Il s'en suit que les profils moins ordonnés, de toute façon minoritaires, sont défavorisés, notamment ceux qui sont dans l'agir (les "SP" qui représente normalement 30% de la population). Les deux autres tempéraments, minoritaires, sont les idéalistes "NF" et les rationnels "NT", sous représentés dans tous les cas.
Donc, après quelques décennies de règles et de lean management, les profils qui ont statistiquement naturellement enclins à la créativité (SP et NT) et celui naturellement enclin à créer du lien social (NF) sont moins représentés, moins écoutés et influents.

En 2010, les directions générales se retournent vers leurs équipes et leur disent "Bon, maintenant les gars, il faut innover!". Evidemment, après des années d'encadrement des écarts et de sélection naturelle des profils adaptés, c'est un silence désemparé qui accueille cette harangue.

La mise en place d'une culture de l'innovation revient non pas à recréer du chaos mais en tout cas à restaurer dans l'entreprise des degrés de liberté sans lesquels il n'y a pas de création possible.

Plusieurs entreprises historiques l'ont bien compris et créent des FabLab internes, des zones de non ou de moins de droit où peut se faire la création.

Reste qu'il sera long de changer l'état d'esprit qui pousse à recruter des profils "professionnels" plutôt des "artistes" dont le sens, péjoratif, ne vous aura pas échappé quand on emploie ce terme pour désigner un employé. On qualifiera de "doux rêveur" l'idéaliste et d' "inventeur bricoleur" le rationnel. Il est grand temps que les DRH revoient leur grille de lecture de la valeur qui, surtout en période de crise, peut s'avérer désastreuse à court terme.  

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.