Management : Comment lutter contre l’innovation et limiter la créativité ?

20 mars 2014
J’avais un laboratoire industriel en génie des procédés. Ce laboratoire était particulièrement créatif et innovant : brevets, publications, nouveaux procédés, nouvelles technologies, modèles. Enfin tout ce qui vous rend créatifs sous tous les moyens de mesure de l’innovation. Cette innovation n’était pas seulement le fait des docteurs et des ingénieurs, mais aussi des techniciens et des ouvriers. On restait le soir pour tester une nouvelle manip et ensuite la proposer, une fois prouvée, aux financeurs internes et externes.

Comme je fais souvent la promotion de l’innovation auprès de directions plus ou moins convaincues, je pense nécessaire de vous raconter cette histoire car, dans les équipes créatives, et ceux qui y sont le savent, la question n’est pas, comme partout ailleurs, de restaurer une culture de l’innovation ou d’implanter de l’innovation collaborative. Elles sont abondantes et vivantes. C’est plutôt de les limiter ou, plus exactement, de les rendre vivables, finançables et compatibles des malheureuses vingt-quatre heures que compte une journée sur la planète Terre.

Dans un monde parfait, et il en existe, le management de l’innovation est une technique de freinage contrôlé par l’intuition et l’anticipation. Tout d’abord, je ne vais pas vous révèler comment obtenir cette équipe ultra-créative. Même si je peux imaginer certaines recettes, franchement, je n’en sais rien. Par contre, je peux vous parler des techniques de freinage de votre bolide si vous avez la chance d’en avoir un. L’objectif est simple et double : ne pas s’embaler et finir en feu dans la bordure, et ne pas caler le moteur pour s’écraser dans le bac à sable.

  1. Avoir un copilote : Il est totalement impossible de conduire vite et bien sans copilote. Il doit avoir des mécanismes, des automatismes proches des vôtres et, par dessus tout, être celui à qui vous donner votre confiance aveugle. Il peut être interne, externe, hiérarchique, fonctionnel, peu importe. Mon ancien chef avait sa méthode : « imagine que tu veuilles gravir l ‘Everest et que tu es nul en alpinisme.. Alors tu choisiras pas forcément le meilleur, mais surement le plus fiable ». Pour vous et votre copilolte, l’ennemi doit être l’Ego. Son effacement est le seul gage de cette confiance qui permettra de gagner beaucoup de temps dans les procédures de pilotage en évitant de tout vérifier.
  2. Avoir un conservateur : Si l’innovation est un produit frais, il peut sembler étrange d’y mettre un conservateur. Ceux-ci représentent naturellement 40% de la population et sont donc faciles à trouver. Il permet la structuration du groupe, le suivi des procédures, et garantit la sécurité. S’il a de l’humour, il sourira en soupirant.
  3. Eviter les passionnés : sauf si votre activité ne présente aucun risque, ce qui est rare, le passionné est un danger. Il faut l’éviter. « Je suis fasciné par le feu » ou « les virus sont ma passion » garantit une trop forte implication émotionnelle et augure un besoin de surveillance consommateur de temps. En fait le créatif n’est passionné par rien, il est intéressé par tout. C’est très différent.
  4. Laisser faire : Dans une équipe créative normale, il n’y a pas de management à faire. Les choses se font, les gens vont et viennent et il n’y a qu’à attendre qu’ils débarquent dans votre bureau avec « l’idée du siècle et qui marche » qu’ils ont prototypée un samedi matin.
  5. Engager : il faut, extrêmement rapidement, susciter l’engagement des clients internes ou externes. C’est la partie du travail qui n’est pas « fun » car il faut rendre goûtue l’idée auprès de personnes ayant parfois développé une redoutable immunité au changement, et, si ça ne marche pas, trouver une solution pour faire passer le projet dans un autre et ne pas décevoir les créatifs. Bref, inventer un système, un projet qui sera à même à terme d’accueillir l’innovation.

Dans les entreprises où l’innovation n’est pas dans la culture, alors que les chargés de celle ci ont l’impression de pousser un camion, on imagine pas que la gestion d’une équipe créative tient plus de la Formule 1 que d’un travail de chef d’orchestre. Là comme dans Mulholland drive, il n’y a pas d’orchestre.


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