Inventeur et paranoïa de Steeve Jobs à John McAfee

22 mai 2014
J McAfee, Photo par Brian Finke en 2012
Si vous travaillez dans le domaine technologique, vous en avez forcément croisé. Entendons-nous bien, j'aime et je respecte les inventeurs. Steeve Jobs, icône internationale de l'innovation fait toutefois pâle figure à côté de John McAfee.

M. McAfee découvre en 1986 que deux Pakistanais viennent de créer le premier virus absolument inoffensif nommé 'Brain'. John Mc Afee décide de créer le premier antivirus contre ce non-danger. Il passe de journaux en radios pour expliquer que toutes les entreprises qui n'achèteraient pas son antivirus vont faire faillite sous peu. Transférant sa paranoïa aux utilisateurs déjà inquiets de l'émergence de cette nouvelle technologie, il engrange les bénéfices jusqu'à revendre sa société et son antivirus à INTEL pour 8 milliards de dollars en 2010. Mais John McAfee se sent encore persécuté. Craignant des poursuites imaginaires, il s'enfuit au Bélize et se réfugie dans une île. Quand un visiteur arrive, craignant la police, il s'enterre vivant dans le sable avec un carton sur la tête pour respirer. Fuyant des poursuivants imaginaires, il rentre aux USA en clandestin et sort pour chercher des prostituées au Lover's Bar (voir article).

Les études de Kyaga en 2012 ont montré sur un échantillon représentatif (40 ans et 1 million de personnes) une corrélation entre créativité et troubles bipolaires. Les créatifs sont en effets fragiles. Mais les inventeurs ont aussi des penchants contre lesquels ils devraient apprendre à lutter:
  • Si les créatifs pensent avoir un destin, les inventeurs considèrent qu'ils ont une mission;
  • Les créatifs multiplient les rencontres pour accomplir leurs projets, les inventeurs considèrent la manifestation d'intérêt comme une menace;
  • Les créatifs veulent que leur talent se sache, les inventeurs veulent un secret absolu;
  • Les créatifs veulent échanger des idées, les inventeurs veulent les protéger (ce qui n'est juridiquement pas possible)
En un mot, c'est Dionysos contre Prométhée. Si la dépression guette les créatifs,  la paranoïa gangrène les inventeurs. En s'isolant, ils perdent l'information qu'ils pourraient avoir facilement en coopérant. L'énergie dépensée à ne pas interagir limite paradoxalement leur action.

Dans ma carrière, j'ai rencontré de nombreux inventeurs paranoïaques (mais aussi de charmants, je vous rassure). Je devais en recevoir deux ou trois par an, ayant souvent forcé le passage par voie de député ou autre potentat. Les réunions étaient souvent surréalistes. L'inventeur refusait de parler de son idée, ne parlant que du miracle que son invention faisait, dissimulant tous les biais, toutes les erreurs expérimentales qui sont pourtant si nécessaires au développement d'un produit qui marche.

Je me suis promis d'écrire un jour, dans quelques années, la liste des idées farfelues d'inventeurs sur lesquels j'ai dû réfléchir, et les trésors de diplomatie que j'ai dû déployer pour éviter de renforcer leur paranoïa, même quand ils violaient joyeusement le second principe de la thermodynamique.

Il est probablement un vrai challenge de management que de faire cohabiter les créatifs et les conservateurs dans une même entreprise. Mais qui se soucie des inventeurs. La paranoïa fait mal et beaucoup préfèrent se moquer du concours Lépine plutôt que de se faire mal accueillir par un inventeur paranoïaque, ici ou sur une plage du Belize. Les inventeurs ont aussi beaucoup à travailler sur la notion de confiance, qu'ils ne conçoivent qu'en terme de dépendance (par exemple avec leurs salariés), mais trop peu en terme d'interdépendance. Car, en innovation comme en finance et en affaire, la confiance produit quelques désagréments, mais beaucoup d'économies.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.