L'orthographologie et autres artefacts

19 mai 2014
J'écris 50000 caractères par jour, en Français, en Anglais et parfois en Suédois, Latin, ou Allemand. Parfois, il s'agit d'un article scientifique. Je fais alors très attention à l'orthographe, même après le passage par le providentiel Antidote8. Par contre, quand il s'agit d'une réponse à un commentaire, un billet destiné à rien d'autre que la publication dans les nuages, je me laisse aller à la coquille. Ce n'est pas que je ne connaisse pas les règles, c'est juste que la coquille ne gênant que peu celui qui s'intéresse au fond, il m'est égal qu'elle arrête celui qui n'en lira que la surface. C'est un peu comme la confiance en économie ou en propriété intellectuelle. Vous pouvez perdre du temps à tout vérifier pour vous protéger des quelques malhonnêtes qui trouveront toujours un moyen de vous voler une idée ou un contrat. Vous pouvez aussi ne pas en perdre en faisant confiance à la très grande majorité des personnes honnêtes et mettre votre mouchoir pudique sur les pertes engendrées par les quelques malfrats qui croiseront votre route. C'est le sage conseil que m'a donné un jeune entrepreneur. Et il a raison. 
Malheureusement, les orthographologues guettent. Pour eux, la faute d'orthographe est la faute suprême qui manifeste votre incompétence généralisée. Il est évident que, par exemple, un mathématicien qui ferait une faute d'orthographe verrait immédiatement sa démonstration invalidée, vu que les orthographologues ne peuvent pas corriger les fautes dans la langue étrangère des équations. Ils étendent donc hardiment leur science à la Science, par un biais cognitif que l'on appelle biais de confirmation, à moins que ce ne soit tout simplement le pire du pire, le biais de Dunning-Kruger qui fait que les moins compétents des participants à un débat sont ceux qui font le plus de bruit. Comme les graphologues, dont la fausse science est invalidée expérimentalement depuis 20 ans, mais qui ressurgissent ici et là telle une honteuse épidémie, les orthographologues trollent les commentaires, les articles, dénonçant publiquement la coquille de tous les Caliméro (faut-il un S?). Sors de ce corps, Maître Capello! L'orthographe permet à ceux qui n'ont rien d'autre à dire de pouvoir parler, ce qui, en l'occurrence, signifie nuire.
C'est que la critique est tellement aisée, puisque les correcteurs automatiques des navigateurs internet sont à la fois trop vifs et assez inventifs.
Je suis comme tout le monde, quand la quantité de fautes dépasse un certain seuil, totalement dépendant de l'intérêt que je porte au fond de l'article, je renâcle. Un article sans intérêt se doit d'être un parangon de jouissance pour orthographologue. Si le sujet m'intéresse beaucoup, va pour la phonétique.
Par ailleurs, les orthographologues ont de la chance. Ils écrivent peu et sans doute lentement, donc la probabilité de coquille étant ce qu'elle est, elle est peu probable dans leurs courtes diatribes.
Allez. La vérité. Pas la justice, mais la vérité. L'orthographologie est un des exemples archétypal de dissonance cognitive. Formalisé par Festinger en 1956, ce biais conduit un humain normal (c'est à dire fréquent en fait) qui a beaucoup travaillé pour apprendre des règles compliquées et arbitraires, à ne pouvoir absolument plus les remettre en cause et, de plus, à vouloir absolument les imposer aux autres. Cela marche avec les versets des livres sacrés, les concours de la fonction publique et même les groupes de symétries ponctuels (si, je vous assure). D'ailleurs, il suffit d'aborder le sujet de l'orthographe pour voir immédiatement la plus délicieuse des ménagères lever le glaive vengeur de l'école de la République.
Donc, amis créatifs et productifs, vive les coquilles, elles sont faites de tous les grains de sable qui font grincer les rouages de la pensée conforme, l'ennemi si puissant de l'activité inventive.

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