Sécuriser son CIR ou sa R&D?

8 juin 2014
Avec les aides de l'État qui incitent à faire de la Recherche et de l'Innovation, vous trouverez sur le net une très grande quantité de conseils pour sécuriser fiscalement votre crédit impôt recherche. 
Le CIR concerne au mieux, dans la plupart des cas, 30% du montant global des charges de votre R et D. C'est très bien de s'en préoccuper, mais si les 70% qui restent ont financé une R et D qui ne donne rien, qui est inefficace, cela vous fera une belle jambe. J'exclus bien sûr le cas où le CIR serait obtenu en maquillant en opérations de recherche des activités d'ingénierie classiques, ce qui est peu fréquent. Si les critères du CIR (et le très volumineux manuel de Frascati) nous donnent des modes de calculs et de mesure, ces informations donnent aussi des indications sur les bonnes pratiques en R et D. Un premier référentiel de R et D appliquée fait apparaître une quarantaine d'actions de management propices à renforcer le retour sur investissement de la R et D, en voici dix:

  • Faire un PMT: Le Plan Moyen Terme (ou feuille de route...) est un outil dynamique de pilotage des la R et D qui peut être réalisé par différentes méthodes;
  • Collectionner les publications: dans le langage CIR, on appelle cela un État de l'Art. En fait, il s'agit de collectionner des données antérieures pour en tirer des idées neuves. Attention, il ne s'agit pas d'articles de Science&Vie ou de pages de magazine, mais de publications internationales à comité de lecture que l'on trouve dans google scholar ou une autre base de données généralement payante. Il est économique de les demander directement aux chercheurs concernés;
  • Faire des expériences: l'activité expérimentale (prototypes de validation...) est un incontournable et cela est valable quelque soit l'activité, y compris virtuelle;
  • Avoir une démarche expérimentale, c'est à dire des modes opératoires, des DOE (design of experiments...). Cette démarche vous permettra d'éviter la fameuse "fausse épiphanie" qui consiste à crier Eureka après un seul essai dont le succès, statistiquement inespéré, va vous engager dans des dépenses astronomiques pour remonter le fil du temps à la recherche du pêcher originel;
  • Acheter des chercheurs: il ne vous viendrait pas à l'idée de demander à votre comptable son avis sur le meilleur algorithme d'optimisation de procédé. Si le calcul du CIR surcote les docteurs (les jeunes sont comptés deux fois), il y a une raison. La recherche est un métier qui s'apprend. À bac+5 les ingénieurs/masters reçoivent une initiation à la recherche et il faut trois ans de plus pour devenir un professionnel. Cela s'appelle un doctorat. Il y a aussi des autodidactes qui font un excellent travail, mais ils sont rares. Il sera plus légitime de justifier de CIR si vous avez des professionnels de la recherche avec vous, soit dans vos salariés, soit en sous-traitance;
  • Publie ou crève: Cette citation violente "publish or perish" indique que contrairement aux idées reçues le monde de la recherche est un univers hyperconcurrentiel. Il existe cinq niveaux de publication, plus ou moins faciles à atteindre. L'absence de publications peut être justifiée par le secret, il y a alors d'autres solutions dans ce cas, mais de mon expérience, cela reste très rare: la physique ne se brevète pas;
  • Se connecter: ce que les chercheurs appellent de la collaboration n'en est pas vraiment. Il s'agit de connexion. Le milieu de la recherche étant en compétition permanente on y observe les trois comportements giver-taker-matcher (ceux qui donnent, ceux qui prennent et ceux qui font du troc). Les idées ne sont pas brevetables, mais elles sont précieuses et le maintien de son réseau de connexion recherche est absolument stratégique. Il existe maintenant des réseaux virtuels de chercheurs qui sont très performants;
  • Manager sa connaissance: la recherche se fait aussi avec des stagiaires ou des doctorants. En tant qu'ancien responsable de laboratoire de recherche industrielle, j'estime la perte de savoir en relation avec ce turn-over de l'ordre de 70%. Cela signifie que pour une thèse de trois ans sans qu'il y ait eu de capitalisation des savoirs, leur reconstruction après le départ de l'étudiant dans l'optique d'une application coûte un à deux ans. Il existe maintenant des organisations de travail qui permettent de limiter cet effet;
  • Herd the cats (rassembler les chats): vous l'avez compris, faire cohabiter cela dans une entreprise revient à lutter au quotidien. Là aussi, il existe des méthodes pour maintenir la créativité, l'innovation et globalement la R et D à un niveau suffisant pour assurer le développement de l'entreprise;
  • English: 99% de la communication scientifique et technique se fait en anglais. Inutile de se mentir, vous former ou former vos personnels à cette version de l'anglais scientifique "commission européenne", que seuls les britanniques ne comprennent pas, est une priorité à très court terme.
 Enfin, n'oublions pas que quel que soit l'effort et l'argent apportés, aucune quantité de travail ne compensera jamais une mauvaise idée.
Vous pouvez obtenir un guide de la R et D en Entreprise ici

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